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Nous savons tous ce qui arriva le 6 août 1945, à Hiroshima.
Je ne suis pas historienne, alors je ne saurais expliquer ou débattre en détails la position du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Je me suis cependant intéressée à l'évènement en particulier et j'aimerais expliquer extrêmement brièvement certaines données.
En 1945, les troupes japonaises avaient souffert énormément de pertes en Asie, et le gouvernement força la conscription de plusieurs milliers d'hommes (souvent des étudiants). On entrainait femmes et jeunes enfants se battre et l'on craignait que le pays serait bientôt envahit. L'Empereur demanda aux citoyens de faire 'le dernier effort pour le pays', et on décida de diviser une grande partie des troupes en deux camps, l'un à l'Est et un à l'Ouest, dans l'éventualité que le pays soit divisé en deux par es envahisseurs. Hiroshima devint l'une de ses bases. Il est nécessaire de ne pas oublier qu'un grand nombre de soldats ou d'employés de l'armée étaient des prisonniers Coréens, ainsi que Taiwanais et Chinois. Près d'un dixième des victimes de la bombe atomique à Hiroshima étaient des Coréens, et pendant longtemps le Japon n'a pas reconnu ces victimes... Dans les années 1970, enfin, on offrit une place dans le Parc de la Paix et dans l'histoire nationale officielle à ces doubles victimes.
Le Japon perdait la guerre et tous le savaient, mais la mentalité martiale japonaise demande que l'on n'abandonne jamais, même si c'est perdu d'avance. Tuer le plus d'hommes avant de mourir, ou trouver la mort par le suicide, qui est l'autre seule façon de terminer sa vie en homme brave. Évidemment la majorité des soldats, surtout jeunes, ne se retrouvaient pas dans cette mentalité (il existe, je crois, maintes témoignages peu réjouissants des jeunes hommes à qui l'on donna un verre de saké avant qu'ils grimpent dans leur avion pour se jeter quelques heures plus tard sur les Américains, à Pearl Harbor, mais ceci est une autre histoire). Pour dire simplement, le Japon, en été 1945, était déjà acculé au gouffre de la défaite.
Mais aux États-Unis, le développement de l'arme nucléaire avait déjà coûté bien trop cher pour que le projet soit mis au rancart. Plusieurs documents officiels reçus au bureau du président Roosevelt évoquent les critiques que le gouvernement recevrait si aucune démonstration de l'efficacité de la bombe n'était faite. Associer la fin de la guerre à la bombe atomique dans l'esprit des citoyens prouverait la valeur du projet et en justifierait les coûts faramineux.
On envisageât l'Allemagne comme cible, mais l'idée fût vite retirée: on croyait que le pays était assez avancé pour pouvoir analyser les données de la bombe et s'en servir pour créer rapidement l'arme nucléaire à son tour. Le Japon semblait une fort meilleure cible : d'abord, on empêcherait tout rapprochement possible du Japon avec l'URSS. Ensuite, la géographie du pays permettait une analyse facile des résultats et une étude à long terme des conséquences de l'arme nucléaire.
Une douzaine de villes japonaises furent pré-sélectionnées pour leur emplacement géographique d'abord ; il fallait trouver des villes où les montagnes n'amplifieraient pas les effets de la bombe, et donc où les données ne seraient aucunement faussées, puis des villes assez étendues. On retira ensuite plusieurs villes de la liste pour diverses raisons et on en garda quatre, dont Hiroshima était la préférée car on croyait qu'aucun prisonnier de guerre allié ne s'y trouvait. On interdit les attaques aériennes sur ces villes, afin de mieux calculer l'impact de la bombe. Le 6 août au matin, on envoya des avions en reconnaissance sur les quatre villes, pour observer les conditions météorologiques.
Le sort d'Hiroshima fût scellé, ironiquement, par la beauté du ciel sans nuages et du radieux Soleil levant qui la surplombaient.
Les alarmes sonnèrent plusieurs fois ce matin à Hiroshima, mais les avertissements furent levés à 7h30. Sur les berges de la rivière Otagawa, des centaines d'étudiants des écoles avoisinantes détruisaient les dernières maisons de bois de la ville, craignant qu'elles se changent en torches en cas de bombardement incendiaire.
À 8h15, le boeing B-29
Enola Gay accompagné d'un avion de doté d'une station météorologique, et un autre empli de matériel photographique et filmique survolèrent le pont en forme de T, au centre d'Hiroshima, un peu au Sud du château de Hiroshima.
Little Boy, la bombe atomique, couverte de signatures et d'insultes à l'égard des Japonais fût larguée et explosa à 600 mètres du sol, environ au dessus d'un hôpital de la Croix Rouge. Les membres de l'équipage sont médaillés dès leur atterrissage en base américaine à Tinian. Ils auront pu observer pendant 500km le champignon atomique de 10 000m d'altitude.
On dit qu'un minimum, la température au sol au moment de l'impact fût de 3000 degrés Celcius. Dans un rayon de 3km, 90% des bâtiments furent totalement anéantis. Les enfants qui détruisaient les maisons à quelques mètres de là furent carbonisés en quelque secondes. D'autres habitants se jetèrent dans la rivière pour tenter de mettre fin à l'intolérable brûlure. Des milliers de cadavres flottaient sur l'Otagawa, les jours qui suivirent. Je crois qu'il est inutile de donner les détails de l'état physique d'un être vivant survivant à une telle chaleur.
Certains estimés disent que près de la moitié des morts étaient des soldats, d'autres disent que la très grande majorité des (environ) 200 000 victimes étaient des civils.
Quand le japon capitulât, les Américains entrèrent en trombe dans Hiroshima, pour étudier les dommages. Ce qui les intéressait beaucoup: les dommages infligés au corps humain. Ainsi, on créa une organisation pour l'étude des blessures liées à la bombe atomique. On amassait les renseignements sur les survivants, mais on ne leur offrait aucun soin. Il fallut attendre les années 1970 pour que le gouvernement japonais s'en mêle, offre sa collaboration et donne des soins aux victimes. Plusieurs de ces victimes sont encore vivantes de nos jours et on n'a pas encore d'idée claire des conséquences à très long terme et des traitements utiles pour ces gens.
À Hiroshima, on a construit le musée pour la Paix. Chaque maire d'Hiroshima depuis les années 1970 envoie des lettres de demande de destruction des armes nucléaires à tous les présidents des pays possédant l'arme nucléaire. Chaque 6 août, une grande cérémonie est tenue dans le Parc de la Paix, près d'où la bombe explosa. Des dizaines de monuments offerts par différents organismes ou pays décorent le grand Parc. On fait des guirlandes d'origami (de grues en origami, symbole de la paix, ici) que des donateurs viennent offrir par milliers. Presque chaque jour, des étudiants de partout à travers le Japon viennent visiter le musée et chantent ou prient devant les monuments.
On ne peut s'empêcher d'avoir la gorge serrée, malgré la beauté du parc et l'entrain des habitants.
Tomoko m'a dit lors d'une discussion que les Japonais ont oublié leur Histoire et qu'ils veulent devenir autant Américains que possible, mais que les gens d'Hiroshima, quant à eux, gardent toujours, à tout moment, un souvenir douloureux à l'esprit.