Vendredi et samedi, nous avions un voyage organisé par le centre d'études dans la péninsule de Noto, au Nord de la préfecture d’Ishikawa , avec les élèves des deux autres universités qui étudient au Rifare en même temps que nous (Washington & Lee University de Virginia, puis l’Université de Lausanne en Suisse). Le voyage de trois heures environ en autobus, avec diverses escales m’a permis de prendre connaissance de divers aspects du Japon rural. La plus marquante de celles-ci, remarquée lorsque nous longions les côtes de la mer du Japon, est que côté propreté le Japon donne priorité à l’image projettée plutôt qu’à une réelle maîtrise.
Je m’explique: dans les villes, tout est ultra-propre. Quand je marche vers l’école le matin, des employés de compagnies, en veston-cravate, balaient en groupe le trottoir devant leurs bureaux. Des employés de la ville en uniformes balaient le reste. Je ne vois pratiquement jamais d’emballages, de mégots, etc. au sol : en ville, on ramasse ses déchêts et malgré que les poubelles soient EXTRÊMEMENT rares, les gens font vraiment l’effort de porter les ordures aux endroits prévus. De plus, les poubelles japonaises sont certainement parmi les plus compliquées au Monde : il y a au moins 4 bacs différents. Un pour les bouteilles de tel et tel plastique, l’autre pour les canettes, l’autre pour les déchêts brûlables et l’autre pour les déchêts qui ne peuvent être brûlés. Vous avez de la chance si les quatre bacs sont alignés et puis si les instructions sont écrites en anglais, ou même en japonais phonétique (sinon, c’est écrit en kanjis, système d’écriture qu’il faut des années pour maîtriser). Dans plusieurs quartiers, on attitre à chaque propriétaire une journée de corvée des poubelles, ce que ma ‘mère adoptive’ faisait lundi dernier: se lever tôt pour aller vérifier si les ordures sont bien classées dans le bac du voisinage. Et puis ouvrir les sacs et classer soi-même quand les gens ne l’ont pas fait assez assidument...

Je dois ajouter que les graffitis sont très rares (du moins à l’extérieur de la métropole), sinon inexistants. Tout est ultra-propre, quoi qu’on reste toujours surpris du fait que dans la majorité des toilettes publiques, il n’y a ni distributrice à savon, ni serviettes ou sécheuse à mains... Je reste encore assez perplexe par rapport à l’hygiène des Japonais, qui autrement donnent l’impression qu’ils sont extrêmement propres (bien coiffés, bien habillés, etc.).
Pour en revenir au lien que je faisais entre l’image et la bordure de la mer du Japon: si dans la ville tout est parfaitement propre, ce n’est pas le cas des plages! En longeant la côte, nous pouvions observer les plages jonchées de déchêts : sacs de plastique, détritus de bois et de métal divers, linges usés par les marées, etc. , sans oublier quelques réfrigérateurs, une voiture et une dizaine de petits bâteaux en décomposition à travers le reste. D’où viennent ces déchêts? C’est assez dégoûtant et ça jure avec les belles vagues vert-turquoise, les jolies falaises et les forêts de bambous qui longent la côte. Je n’ai pas d’explications. Certains Japonais prennent-ils un plaisir malin à contrevenir aux bonnes manières, une fois la nuit tombée, et à jetter leurs ordures à la tonne dans la mer? Je n’y comprends rien, mais c’est assez décevant.
À certains endroits, comme à la plage Chirihama, des petits tracteurs râclent la plage pour enlever les ordures. Mais ce n’est pas exactement pour plaire aux baigneurs, qui sont d’ailleurs très peu nombreux. C’est plutôt pour empêcher les crevaisons, puisqu’ici, la plage devient une route où les véhicules défilent, pour que les passagers puissent resentir le ‘trip’ de rouler en voiture dans les vagues, ou en tout cas très proche d’elles. J’ai été très déçue par cette ‘attraction’. Notre autobus roulaient sur la plage et je ne pouvais que penser au nombre d’oiseaux, de petites animaux, d’oeufs et de crustacés que nous réduisions certainement en bouillie. J’ai eue la preuve que je n’exagérais pas quand nous sommes descendus à pieds sur la plage et que j’ai effectivement vu des petits tas de plumes encore attachés à des ailes. De plus que je ne comprends pas vraiment ce qu’il y a de ‘mieux’ à comtempler la mer d’une auto, plutôt qu’à pieds...
Mais bon, ce n’est pas la première fois que le manque de sensibilité envers les animaux me saute aux yeux, ici: au moins deux de mes collègues ont eu droit à un steak de baleine dans leurs familles d’adoption respectives, depuis les deux semaines que nous vivons ici.
Je crois que si quelqu’un m’en sert, je vais vraiment péter une crise...

Une vue de la mer du haut de la falaise, lors d'un de nos fréquents arrêts panorama...